Pour une politique publique de l'asile

Le secteur de l’asile est en crise
Le centre Fedasil de Virton, fermé par le gouvernement en janvier 2015, a été rouvert le 13 novembre dernier… mais c’était une réouverture symbolique. La CSC et la FGTB du Luxembourg ont dénoncé ainsi la précarisation du secteur de l’accueil. Sur les 36.200 places prévues d’ici fin 2015 par le plan fédéral belge, 3.620 (soit 10%) se trouvent dans le Luxembourg belge. Des sites existent à Barvaux, Beho, Bovigny, Erezée, Herbeumont, Hotton, Manheux et Rendeux, et deux sont en cours d’occupation à Ste Ode et Vielsalm. «Nous ne voulons pas que la crise que nous vivons aujourd’hui serve de prétexte à une nouvelle détérioration de l’accueil des demandeurs d’asile, ni des conditions de travail du personnel» explique Bruno Antoine, secrétaire fédéral de la CSC-Luxembourg. En front commun, la CSC dénonce le manque de clairvoyance de la politique fédérale et ses conséquences négatives tant pour les demandeurs d’asile que pour le personnel du secteur.
Respect et dignité
«7.800 places d’accueil ont été supprimées entre janvier 2013 et août 2015, afin de faire des économies. Or, l’arrivée des refugiés était prévisible vu l’ampleur des conflits au Moyen Orient et au Maghreb, remarque Luan Abedinaj, responsable de la CSC-Migrants. Les réfugiés ne sont pas des personnes dangereuses, mais des personnes en danger qui doivent être accueillies avec respect et dans la dignité.»
Ces deux exigences doivent s’appliquer aussi aux travailleurs du secteur. «Depuis deux mois, ils travaillent d’arrache-pied pour accueillir convenablement les réfugiés, mais se trouvent eux-mêmes dans des situations précarisées, explique Bruno Antoine. En janvier dernier, le gouvernement a fermé le centre de Virton, supprimant 130 places d’accueil et 49 emplois. «Un drame social, rappelle Dominique Wilkin de la CSC-Services publics, et un manque de clairvoyance. Aujourd’hui, certains de ces travailleurs sont réengagés, mais avec un contrat temporaire! La plupart des sites sont gérés par la Croix-Rouge ou Fedasil, et le gouvernement leur impose des économies sur les bâtiments, le nombre de travailleurs,… Nous appelons les responsables politiques à se réveiller.»
Un métier, pas un marché
Le front commun du Luxembourg demande la réouverture du centre de Virton. Il exige l’annulation des économies dans le budget 2016 de l’accueil, l’ouverture d’une enveloppe dédiée au secteur et la garantie de disposer de moyens corrects à long terme. Il revendique des emplois stables et de qualité pour les travailleurs du secteur qui doivent être assez nombreux pour assurer un accueil de qualité et accompagner dignement les personnes.
Enfin, le front commun exige que l’accueil des demandeurs d’asile reste du ressort du service public et du non-marchand. «Nous dénonçons la volonté du fédéral de confier l’accueil des demandeurs d’asile à des organismes privés. L’accueil des réfugiés c’est un métier et pas un marché» souligne Luan Abedinaj. Et Bruno Antoine précise: «L’argent public, dont celui des contribuables, ne peut pas enrichir le secteur privé. S’il y a des surplus financiers, ils doivent être réinvestis dans le secteur public et le non marchand». Le secrétaire fédéral souligne qu’«il est important de combattre les injustices ici mais aussi ailleurs, dans les pays où les dictatures, le libéralisme débridé, la pauvreté et les guerres génèrent les inégalités.» Il demande donc «une réelle politique de développement dans le respect des peuples, pas du business.»